L'assemblée générale d'un groupement forestier : obligations, calendrier, votes
Mis à jour le 20/10/2026 · Lecture : 8 min
Un groupement forestier est une société civile : ses associés décident ensemble, au moins une fois par an. Voici ce que le gérant doit organiser, qui doit être convoqué, comment les voix se comptent et ce qu'il faut garder par écrit, en langage courant et avec les textes qui s'appliquent.
Dans cette page
- Pourquoi une assemblée chaque année
- Assemblée ordinaire ou extraordinaire : la différence
- Quand la tenir
- Qui convoquer : associés, nus-propriétaires, usufruitiers
- La convocation et les documents
- Réunion, consultation écrite ou acte signé par tous
- Comment se comptent les voix
- Ce qui se vote chaque année
- Le procès-verbal et le registre
- Après l'assemblée : les suites
Pourquoi une assemblée chaque année
Le gérant d'une société civile doit, au moins une fois dans l'année, rendre compte de sa gestion aux associés : c'est l'article 1856 du Code civil. Ce compte rendu est écrit : il présente l'activité de l'année, les bénéfices réalisés ou prévisibles et les pertes. Pour un groupement forestier, c'est le rapport de gestion, présenté avec les comptes de l'exercice.
Les associés ne se contentent pas de recevoir le rapport : ils approuvent les comptes, décident de ce que devient le résultat et donnent (ou non) quitus au gérant. Ces décisions sont des décisions collectives, prises en assemblée ou par consultation écrite selon les statuts. Une assemblée tenue et un procès-verbal signé sont la meilleure protection du gérant : ils prouvent que les associés ont été informés et ont décidé en connaissance de cause.
Il n'existe pas, pour les sociétés civiles, de sanction pénale comparable à celle des sociétés commerciales pour défaut d'approbation des comptes. Mais un groupement qui ne tient jamais d'assemblée s'expose : contestation d'une coupe ou d'une vente par un associé, responsabilité du gérant, difficulté à prouver la réalité de la société lors d'un contrôle fiscal ou d'une succession.
Assemblée ordinaire ou extraordinaire : la différence
La distinction vient de la pratique des statuts, pas du Code civil, qui parle seulement de « décisions collectives ». Dans la plupart des groupements :
- L'assemblée ordinaire traite de la vie courante : approbation du rapport et des comptes, affectation du résultat, quitus, nomination ou rémunération du gérant, autorisation d'une opération que les statuts réservent aux associés (une coupe hors plan, un emprunt, un mandat à un expert).
- L'assemblée extraordinaire modifie le pacte social : changement des statuts, augmentation ou réduction de capital, transformation, dissolution, et souvent l'agrément d'un nouvel associé.
Ce qui change entre les deux, c'est la majorité exigée. Lisez vos statuts : ils fixent, pour chaque type de décision, la majorité et parfois un quorum. S'ils ne disent rien, la loi s'applique, et elle est exigeante.
Quand la tenir
Le Code civil ne fixe pas de date. L'usage, repris par la plupart des statuts, est de réunir les associés dans les six mois de la clôture de l'exercice, soit avant fin juin pour un exercice calé sur l'année civile. Deux raisons pratiques poussent au printemps : les associés ont besoin des chiffres pour leur déclaration de revenus, et le programme de coupes et de travaux de l'année se décide avant l'été.
Une assemblée extraordinaire se tient quand le besoin se présente : une cession de parts à agréer, une mise à jour des statuts après une succession, une décision urgente après une tempête. Rien n'empêche de la joindre à l'assemblée annuelle, avec des résolutions distinctes et leur propre majorité.
Qui convoquer : associés, nus-propriétaires, usufruitiers
Tous les associés inscrits au registre des parts à la date de l'assemblée. La question se complique quand des parts sont démembrées, ce qui est fréquent dans un groupement familial après une donation.
Depuis la loi du 19 juillet 2019, l'article 1844 du Code civil est clair : lorsqu'une part est grevée d'un usufruit, le nu-propriétaire et l'usufruitier ont tous deux le droit de participer aux décisions collectives. Les deux doivent donc être convoqués et recevoir les mêmes documents. Les statuts ne peuvent pas y déroger.
Le droit de vote, lui, se partage. Sauf clause contraire des statuts, il appartient au nu-propriétaire, sauf pour l'affectation des bénéfices, réservée à l'usufruitier. Le nu-propriétaire peut aussi, par une convention avec l'usufruitier, lui déléguer son vote pour les autres décisions. Dans beaucoup de groupements familiaux, c'est ainsi que les choses se passent : les parents usufruitiers votent, avec l'accord des enfants nus-propriétaires. Le plus sûr est de l'écrire, dans les statuts ou dans un pouvoir signé.
La convocation et les documents
Les statuts fixent le délai et la forme de la convocation : souvent quinze jours, par lettre ou, de plus en plus, par e-mail quand les statuts l'admettent ou que tous les associés l'ont accepté. La convocation porte la date, l'heure, le lieu et surtout l'ordre du jour : la liste des résolutions soumises au vote. On ne vote pas sur une question qui n'y figure pas.
Avec la convocation partent le rapport de gestion, les comptes de l'exercice, le texte des résolutions, un bulletin de vote si la consultation ou le vote par correspondance est prévu, et un pouvoir pour qui ne pourra pas venir. L'article 1855 du Code civil donne de plus à tout associé le droit d'obtenir, au moins une fois par an, communication des livres et documents sociaux, et de poser des questions écrites au gérant, qui doit répondre dans le mois.
Réunion, consultation écrite ou acte signé par tous
L'article 1853 du Code civil prévoit trois façons de prendre une décision collective : en assemblée, par consultation écrite si les statuts le permettent, ou par un acte signé par tous les associés. Les groupements familiaux dispersés tiennent souvent leur assemblée annuelle par consultation écrite : chaque associé renvoie son bulletin signé avant la date limite, et le gérant dresse le procès-verbal des réponses. Une réunion en visioconférence est possible si les statuts le prévoient ou si personne ne s'y oppose.
Quel que soit le mode, le résultat de chaque vote doit être constaté par écrit, avec le décompte des voix.
Comment se comptent les voix
Dans une société civile, chaque associé dispose en principe d'un nombre de voix égal à son nombre de parts ; les statuts peuvent en décider autrement. Ce qui compte est donc la proportion du capital, pas le nombre de personnes présentes.
Les règles de majorité, à défaut de clause des statuts :
- Les décisions qui dépassent les pouvoirs du gérant se prennent à l'unanimité des associés (article 1852). La Cour de cassation l'a rappelé en 2022 : l'unanimité est celle de tous les associés, pas seulement des présents.
- La modification des statuts se prend à l'unanimité, sauf clause contraire (article 1836).
- La cession de parts à un tiers demande l'agrément de tous les associés, sauf clause contraire (article 1861) ; la plupart des statuts prévoient une majorité et dispensent les cessions entre associés ou en famille.
- La révocation du gérant se décide par les associés représentant plus de la moitié des parts, sauf clause contraire (article 1851).
Pour les décisions ordinaires, les statuts fixent en général une majorité simple des voix exprimées, parfois avec un quorum à la première convocation. Pensez aux abstentions : selon la rédaction des statuts, elles comptent ou non parmi les voix exprimées, ce qui peut changer le résultat d'un vote serré.
Ce qui se vote chaque année
- Approbation du rapport de gestion présenté par le gérant.
- Approbation des comptes de l'exercice : bilan et compte de résultat, même simplifiés.
- Affectation du résultat : report à nouveau, mise en réserve pour les travaux à venir, ou distribution aux associés, en précisant le montant par part. C'est la décision où l'usufruitier vote.
- Quitus au gérant pour sa gestion de l'exercice.
S'y ajoutent selon l'année : la nomination ou le renouvellement du gérant et sa rémunération éventuelle, l'autorisation d'une coupe non prévue au plan simple de gestion, un mandat à un expert forestier pour renouveler le plan ou vendre un lot important, un emprunt, le renouvellement d'un bail de chasse, l'agrément d'une cession de parts, la mise à jour des statuts après un mouvement de parts et le pouvoir donné au gérant pour les formalités.
Le procès-verbal et le registre
Chaque assemblée donne lieu à un procès-verbal : date, lieu, mode de consultation, liste des présents, représentés et absents avec leurs parts, le texte de chaque résolution, le décompte des voix et le résultat, puis les signatures (président de séance et gérant). Pour une réunion, une feuille de présence signée est annexée.
Les procès-verbaux sont conservés dans un registre des délibérations, dans l'ordre, sans trou. Ce registre, avec le registre des parts et les statuts à jour, est ce que demandera un notaire lors d'une succession, un acheteur de parts, un banquier ou l'administration. Un procès-verbal de distribution est aussi la pièce qui justifie, pour chaque associé, le revenu déclaré.
Gardez avec le procès-verbal les convocations envoyées, les pouvoirs reçus et les bulletins de vote : ils prouvent la régularité de l'assemblée si une décision est contestée.
Après l'assemblée : les suites
Une décision votée n'est utile que si elle est exécutée. La distribution décidée doit être versée et comptabilisée ; une mise à jour des statuts doit être enregistrée et déposée au greffe ; une coupe autorisée doit être déclarée au CNPF si elle sort du plan ; un mandat donné à un expert doit être signé. L'année suivante, le rapport de gestion commence par les suites données aux décisions de l'assemblée précédente : c'est le premier point que les associés regardent.
Une question non adoptée n'est pas perdue : elle peut être présentée de nouveau, éventuellement sous une autre forme, à une assemblée suivante.
Questions fréquentes
Un groupement forestier doit-il tenir une assemblée générale tous les ans ?
Oui : le gérant d'une société civile doit rendre compte de sa gestion aux associés au moins une fois par an (article 1856 du Code civil), et les associés approuvent les comptes de l'exercice. Les statuts fixent le délai, en général six mois après la clôture.
Peut-on remplacer la réunion par une consultation par e-mail ?
Oui, si les statuts prévoient la consultation écrite. Chaque associé renvoie son bulletin de vote signé avant la date limite, et le gérant dresse le procès-verbal des réponses. Une décision peut aussi être prise par un acte signé par tous les associés.
Qui vote quand des parts sont démembrées entre usufruitier et nu-propriétaire ?
Les deux doivent être convoqués et peuvent participer. Sauf clause des statuts, le nu-propriétaire vote, sauf pour l'affectation des bénéfices qui revient à l'usufruitier ; le nu-propriétaire peut déléguer son vote à l'usufruitier par une convention écrite (article 1844 du Code civil, loi du 19 juillet 2019).
Quelle majorité pour modifier les statuts d'un groupement forestier ?
L'unanimité des associés, sauf si les statuts prévoient une autre majorité (article 1836 du Code civil). Beaucoup de statuts prévoient une majorité des deux tiers ou des trois quarts des parts.
Que faire si une assemblée n'a pas été tenue depuis plusieurs années ?
Régulariser : convoquer une assemblée qui approuve les comptes des exercices en retard, exercice par exercice, avec des résolutions distinctes, et consigner le tout dans un procès-verbal. Mieux vaut un rattrapage daté et signé qu'un registre vide.
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Plus d'informations
- Fransylva — droit et fiscalitéLes questions juridiques et fiscales de la forêt privée, suivies par la fédération.
- Fransylva en régionLe syndicat de forestiers privés de votre département.
- CNPF — les délégations régionalesLe centre régional qui instruit votre plan et répond à vos questions.
- impots.gouv.frFormulaires, notices et règles fiscales en vigueur, mis à jour chaque année.
Sources
- Code civil, article 1844 : participation et vote de l'usufruitier et du nu-propriétaire (Légifrance)
- Code civil, article 1852 : décisions excédant les pouvoirs du gérant (Légifrance)
- Code civil, article 1856 : reddition de compte annuelle du gérant (Légifrance)
- Code forestier, articles L. 331-1 et suivants : les groupements forestiers (Légifrance)
Cette page informe ; elle ne remplace ni les textes en vigueur ni l'avis de votre expert forestier, de votre notaire ou de votre conseil fiscal.