Plan de gestion
Chablis, sécheresse, scolytes : que faire après un dégât, et que dit le plan de gestion ?
Mis à jour le 26/10/2026 · Lecture : 7 min
Une nuit de tempête, un été sans pluie, des épicéas qui rougissent par taches : le dégât en forêt arrive sans prévenir et désorganise un programme pensé pour quinze ans. Cette page donne l'ordre des gestes, du constat à la reconstitution, et explique ce que le plan simple de gestion permet de faire sans attendre, et ce qu'il faut déclarer.
Dans cette page
- Premier geste : constater, dater, photographier
- Le chablis après tempête : sécuriser, puis vendre vite mais pas n'importe comment
- Les scolytes : reconnaître et agir avant l'essaimage
- La sécheresse : le dégât qui se voit l'année d'après
- Ce que dit le plan : coupe d'urgence, coupe extraordinaire, avenant
- Après le dégât : assurer, reconstituer, financer
Premier geste : constater, dater, photographier
Avant toute décision, il faut une trace. Parcourez les parcelles touchées, notez pour chaque sous-parcelle la nature du dégât, la surface approximative, le nombre ou le volume d'arbres atteints, et prenez des photos datées. Ce constat servira quatre fois : à la déclaration d'assurance s'il y en a une, à la déclaration de coupe d'urgence, au dossier d'aide à la reconstitution, et au bilan du plan au renouvellement. Un journal de forêt tenu sur le téléphone, avec la photo et la position, fait ce travail en une après-midi ; c'est l'un des usages de Gestion Forêt.
Pour un dégât sanitaire, scolytes, dépérissement, champignon, le diagnostic n'est pas toujours évident. Le département de la santé des forêts du ministère de l'Agriculture anime un réseau de correspondants-observateurs, agents du CNPF, de l'ONF et de l'administration, qui diagnostiquent les problèmes sanitaires et conseillent les propriétaires ; votre délégation régionale du CNPF vous indiquera celui de votre secteur. Le conseil est gratuit, et il vaut mieux l'avoir avant d'abattre.
Le chablis après tempête : sécuriser, puis vendre vite mais pas n'importe comment
Les arbres renversés ou cassés, les chablis et les volis, posent d'abord un problème de sécurité : chemins coupés, arbres en tension, souches relevées. Faites interdire l'accès et ne laissez personne tronçonner sans formation ; l'exploitation d'arbres en tension est le travail le plus dangereux de la forêt.
Ensuite, le temps joue contre vous. Un bois à terre se dévalorise en quelques mois, par le bleuissement chez les résineux, par les fentes et les attaques d'insectes chez tous. Les résineux renversés deviennent en outre des foyers de scolytes pour les arbres restés debout. Il faut donc vendre et évacuer vite, mais en évitant deux erreurs : brader des bois que tout le monde vend en même temps, et abîmer les peuplements sains en passant les engins partout. Un expert forestier ou une coopérative organise le chantier, fait inventorier, consulte plusieurs acheteurs et négocie ; après une grande tempête, les pouvoirs publics mettent en place des aides au stockage et au transport, variables selon l'événement. Les offres reçues, l'acheteur retenu et les paiements se suivent dans le registre des ventes de bois de l'outil.
Les scolytes : reconnaître et agir avant l'essaimage
Le scolyte typographe, un insecte de 2 à 7 millimètres, creuse ses galeries sous l'écorce de l'épicéa ; le curvidenté s'en prend au sapin, le sténographe au pin sylvestre. L'ONF décrit les signes : de la sciure sur le tronc et au pied, des trous de quelques millimètres difficiles à voir, puis des aiguilles qui passent du vert au brun. Depuis 2018, plus de 110 000 hectares de peuplements d'épicéas ont été sinistrés, surtout dans le quart nord-est, et le plan national scolytes d'avril 2024 chiffre à 37 millions de mètres cubes le bois de crise produit depuis.
La règle est l'urgence. Les conditions récentes permettent au scolyte une génération supplémentaire par an, et en été les insectes essaiment en moins de deux mois vers d'autres arbres. Il faut repérer les arbres attaqués, les abattre, les débarder et les évacuer avant la fin du cycle, ou les écorcer, ou les immerger : l'écorçage est la seule méthode de lutte active que le plan national retienne. Un épicéa scolyté abattu à temps reste apte à la construction, la coloration bleue n'étant qu'un défaut d'aspect ; un bois sec sur pied ne l'est plus et part en bois énergie. Ici encore, vendre vite et accepter un prix de crise est souvent la meilleure décision ; attendre, c'est perdre le bois et contaminer le voisin.
La sécheresse : le dégât qui se voit l'année d'après
La sécheresse ne couche rien et ne perce rien. L'ONF explique le mécanisme : le stress apparaît quand la réserve en eau du sol tombe à 40 % ou moins ; l'arbre ferme ses stomates, perd ses feuilles, puise dans ses réserves, et des bulles d'air bloquent ses vaisseaux. Les gros et vieux arbres, qui transpirent le plus, souffrent les premiers. Le dépérissement se manifeste souvent l'année suivante, par des branches mortes en cime, des feuilles plus petites, puis des attaques d'insectes et de champignons sur un arbre affaibli.
Il n'y a pas de geste d'urgence contre la sécheresse, mais il y a des décisions : couper les arbres morts ou dépérissants tant qu'ils ont une valeur, ne pas éclaircir fort un peuplement affaibli en pleine canicule, et surtout revoir le choix des essences avant de renouveler. Le CNPF propose pour cela un diagnostic de la parcelle, BioClimSol, et un site de choix des essences, ClimEssences, décrits dans reboiser après une coupe. Un peuplement qui dépérit d'année en année sur une station devenue trop sèche ne se sauve pas : il se renouvelle avec autre chose.
Ce que dit le plan : coupe d'urgence, coupe extraordinaire, avenant
Un plan simple de gestion prévoit des coupes à des dates. Le sinistre les bouscule, et le code forestier a prévu le cas. La coupe d'urgence, rendue nécessaire par un événement fortuit ou accidentel, une maladie ou un sinistre, ne demande pas d'autorisation : elle se déclare avant d'intervenir, par un moyen qui date la déclaration de façon certaine, et l'administration dispose de quinze jours pour s'y opposer. Passé ce délai, vous pouvez couper. Le CNPF précise que ce régime vaut aussi dans une forêt relevant de l'autorisation administrative. Joignez un plan de localisation et l'emprise de la coupe ; votre délégation régionale du CNPF vous dira à qui adresser la déclaration dans votre région.
Deux autres cas se présentent. Si la tempête a seulement avancé une coupe prévue, par exemple une coupe de régénération programmée dans trois ans, la tolérance de quatre ans d'avance ou de retard vous couvre sans formalité. Si le sinistre change la nature de ce qui était prévu, une coupe rase là où le plan prévoyait une éclaircie, c'est une coupe extraordinaire, soumise à autorisation, sauf à la traiter en urgence. Enfin, quand le dégât touche une part importante de la forêt, demandez un avenant au plan : il remplace le programme devenu inapplicable, prévoit la reconstitution, et évite de vivre dix ans avec un document que la forêt contredit. Un code des bonnes pratiques sylvicoles dispense d'inscrire au programme la coupe des arbres dangereux, des chablis et des bois morts, sous conditions.
Après le dégât : assurer, reconstituer, financer
Trois chantiers restent. L'assurance, d'abord, si vous en avez une : les contrats forestiers couvrent le plus souvent la tempête et l'incendie, rarement les scolytes ou la sécheresse ; déclarez dans le délai du contrat, avec le constat du premier jour. Le crédit d'impôt DEFI assurance rembourse une partie de la cotisation, dans la limite de 15 € par hectare. La reconstitution, ensuite : une coupe de chablis ou une coupe sanitaire qui met à nu plus que le seuil préfectoral déclenche l'obligation de renouveler dans les cinq ans, comme n'importe quelle coupe rase. Le financement, enfin : les peuplements sinistrés sont la première cible des aides au renouvellement forestier, et le plan scolytes de 2024 prévoyait pour eux de porter la prise en charge de 80 à 100 % sous conditions ; le crédit d'impôt travaux voit son délai de report porté de quatre à huit ans après un sinistre. Nous faisons le point sur ces dispositifs, et sur leur état en 2026, dans les aides et le financement des travaux forestiers.
Pour un groupement forestier, un sinistre est aussi un événement à expliquer aux associés : le rapport de gestion de l'exercice doit dire ce qui a été perdu, ce qui a été vendu, ce qui sera replanté et avec quel argent. Les constats, les ventes et les devis rattachés aux sous-parcelles touchées en sont la matière.
Questions fréquentes
Dois-je demander une autorisation pour couper des chablis ?
Non, si la coupe est rendue nécessaire par le sinistre : c'est une coupe d'urgence. Vous la déclarez avant d'intervenir, par un moyen qui date la déclaration, et l'administration a quinze jours pour s'y opposer. Dans une forêt dotée d'un CBPS, la coupe des chablis et des bois morts est dispensée du programme, sous conditions.
Comment reconnaître une attaque de scolytes ?
De la sciure rousse sur le tronc et au pied de l'arbre, de petits trous de quelques millimètres dans l'écorce, des décollements d'écorce, puis des aiguilles qui brunissent et tombent. Un correspondant-observateur du département de la santé des forêts, joignable par votre délégation du CNPF, confirme le diagnostic.
Faut-il couper tout de suite les arbres attaqués ?
Oui pour les scolytes : il faut abattre, évacuer, écorcer ou immerger les arbres atteints avant que la génération suivante n'essaime, soit en quelques semaines l'été. Un bois scolyté exploité à temps garde sa valeur pour la construction. Pour un dépérissement après sécheresse, on coupe les arbres morts ou condamnés tant qu'ils ont une valeur, sans précipiter le reste.
Mon plan de gestion est-il à refaire après une tempête ?
Pas forcément. Si le dégât est limité, la coupe d'urgence et la tolérance de quatre ans suffisent. S'il touche une part importante de la forêt, demandez un avenant qui remplace le programme et prévoit la reconstitution. Le bilan de ce qui s'est passé figurera dans le plan suivant.
À lire aussi
Plus d'informations
- Ministère de l'Agriculture — plan national d'actions scolytes et bois de criseLe plan d'avril 2024 : biologie des scolytes, détection, écorçage, débouchés des bois de crise, bonus de reconstitution.
- ONF — la crise des scolytesComment reconnaître une attaque et ce que font les forestiers : détection, abattage, évacuation, écorçage.
- ONF — stress hydrique, sécheresse, caniculesCe qui se passe dans un arbre qui manque d'eau, et pourquoi il meurt parfois un ou deux ans plus tard.
- CNPF — surveillance de la santé des forêtsLe réseau des correspondants-observateurs du département de la santé des forêts, à qui demander un diagnostic.
- CNPF — changement climatique et forêtsDépérissements, diagnostic BioClimSol, choix des essences avec ClimEssences, réseau AFORCE.
- Formulaire de coupe d'urgence et de coupe extraordinaire dans une forêt dotée d'un PSGLes règles applicables à une coupe qui s'écarte du programme : tolérance de quatre ans, déclaration, délai de quinze jours.
Sources
- Ministère de l'Agriculture, plan national d'actions scolytes et bois de crise (avril 2024)
- ONF, en forêt, la crise des scolytes s'accélère
- ONF, stress hydrique, sécheresse, canicules : les arbres contraints de s'adapter
- CNPF, surveillance de la santé des forêts
- CNPF, les documents de gestion durable (coupes d'urgence, régime d'autorisation)
- Formulaire de coupe d'urgence et de coupe extraordinaire dans une forêt dotée d'un PSG
Cette page informe ; elle ne remplace ni les textes en vigueur ni l'avis de votre expert forestier, de votre notaire ou de votre conseil fiscal.